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Chaux

Chaux aérienne ou hydraulique : laquelle choisir ?

CL, NHL 2, NHL 3,5, NHL 5, HL : ce que disent les sigles du sac, comment chaque chaux durcit et laquelle choisir selon le mur, l'usage et l'exposition.

Par la rédaction · Mis à jour le 12 octobre 2026 · 9 min de lecture

Rangée d'anciens fours à chaux en pierre à Talybont-on-Usk, au pays de Galles
Anciens fours à chaux de Talybont-on-Usk (pays de Galles). Photo : Martinvl, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons

Sur un sac de chaux, tout se joue en quelques lettres : CL, NHL, HL, parfois FL, suivies d’un chiffre. Derrière ces sigles se cachent deux familles aux comportements très différents. Choisir entre chaux aérienne ou hydraulique, c’est choisir la façon dont l’enduit va durcir, sa dureté finale et sa capacité à laisser sécher le mur. Ce comparatif vous aide à lire l’étiquette et à faire le bon choix, avant de passer aux étapes de notre guide complet de l’enduit à la chaux.

Chaux aérienne et chaux hydraulique : une même origine, deux familles

Toutes les chaux naissent de la cuisson d’un calcaire, entre 800 et 1 000 °C selon les fiches conseil du ministère de la Culture. Ce qui les distingue, c’est la pierre de départ.

  • Un calcaire très pur donne une chaux aérienne. Elle est faite presque uniquement de chaux (oxyde puis hydroxyde de calcium).
  • Un calcaire qui contient de l’argile donne une chaux hydraulique naturelle. La cuisson combine une partie de la chaux avec la silice et l’alumine de l’argile, et forme des silicates et des aluminates de calcium : ce sont eux qui lui permettent de faire prise avec l’eau. La fiche de l’UDAP du Cantal situe cette part d’argile entre 5 et 25 % ; celle de Maisons Paysannes de France (Moselle), entre 10 et 20 %.

La norme NF EN 459-1, qui définit les chaux de construction en Europe, reprend cette distinction : elle range toutes les chaux de construction dans deux familles, les chaux aériennes et les chaux ayant des propriétés hydrauliques.

Comment durcit chaque chaux

C’est la différence la plus concrète sur un chantier.

Comment durcissent la chaux aérienne et la chaux hydraulique naturelle. À la pose, les deux mortiers sont frais. Dans les premières heures, la chaux aérienne ne durcit presque pas et craint la pluie et le gel, tandis que la chaux hydraulique naturelle fait prise avec l'eau. Dans les semaines et les mois qui suivent, les deux durcissent à l'air en reprenant le gaz carbonique : c'est la carbonatation. Deux façons de durcir À la pose Premières heures Semaines, mois Chaux aérienne sigle CL Mortier frais,encore mou Ne durcitpresque pas craint la pluieet le gel Durcit à l'airen reprenant legaz carbonique carbonatation Chaux hydraulique naturelle sigle NHL Mortier frais,encore mou Prise avec l'eau l'enduit tient déjàet résiste mieuxaux intempéries Continue à durcirà l'air, commela chaux aérienne carbonatation mortier mou prise avec l'eau durcissement à l'air D'après Maisons Paysannes de France (Moselle) et l'UDAP du Cantal (ministère de la Culture). La carbonatation progresse lentement : environ 1 cm par an dans l'épaisseur de l'enduit.
Schéma Le Grain du Mur

La chaux aérienne ne durcit qu’au contact de l’air. La chaux éteinte du mortier reprend peu à peu le gaz carbonique de l’atmosphère et redevient du carbonate de calcium : c’est la carbonatation. Elle est lente, et tant qu’elle n’a pas progressé, l’enduit reste vulnérable. L’UDAP du Cantal en tire une règle d’usage : faute de prise hydraulique pour « sécuriser l’ouvrage contre les intempéries », la chaux aérienne ne s’emploie que dans des milieux très protégés.

La chaux hydraulique naturelle durcit en deux temps. Au gâchage, ses silicates de calcium réagissent avec l’eau : une première prise se fait en quelques heures. Puis la part aérienne qu’elle contient toujours carbonate à l’air, dans les jours et les semaines qui suivent. Maisons Paysannes de France (Moselle) estime que cette carbonatation progresse d’environ un centimètre par an dans l’épaisseur.

Lire l’étiquette : CL, NHL, HL, FL

Sigle Nom Ce que c’est Ce que dit le chiffre
CL Chaux calcique (aérienne) Chaux aérienne issue d’un calcaire pur La teneur minimale en oxydes de calcium et de magnésium : une CL 90 en contient au moins 90 %
NHL Chaux hydraulique naturelle Calcaire argileux cuit, sans ajout La classe de résistance à la compression à 28 jours : 2, 3,5 ou 5
HL Chaux hydraulique Chaux « recomposée », pouvant contenir d’autres liants La classe de résistance
FL Chaux formulée Chaux aérienne ou hydraulique naturelle additionnée d’autres matériaux, dont la composition doit être déclarée La classe de résistance

Une lettre peut suivre le chiffre. Sur une chaux aérienne, le suffixe « S » signifie qu’elle est éteinte (hydratée), donc vendue en poudre prête à gâcher, comme dans « CL 90-S ». La déclaration des performances d’une chaux CL 90-S du commerce indique ainsi au moins 90 % d’oxydes de calcium et de magnésium et au moins 80 % de chaux disponible.

Pour les chaux hydrauliques naturelles, la norme NF EN 459-1 fixe trois classes de résistance à la compression, mesurées à 28 jours.

Résistance à la compression à 28 jours des chaux NHL 2, NHL 3,5 et NHL 5, selon la norme NF EN 459-1 Plus le chiffre monte, plus la chaux est dure Résistance à la compression à 28 jours, en MPa 05101520 NHL 2 2 à 7 NHL 3,5 3,5 à 10 NHL 5 5 à 15 Source : NF EN 459-1, classes de chaux hydraulique naturelle.
Graphique Le Grain du Mur, d’après la norme NF EN 459-1

Le comparatif point par point

Critère Chaux aérienne (CL) Chaux hydraulique naturelle (NHL)
Pierre de départ Calcaire très pur Calcaire contenant de l’argile
Durcissement À l’air seulement, par carbonatation D’abord avec l’eau (quelques heures), puis à l’air
Résistance Faible Selon la classe : NHL 2, 3,5 ou 5
Passage de la vapeur d’eau Le plus élevé Diminue quand la classe augmente
Tenue aux intempéries quand l’enduit est jeune Faible : milieux protégés Bonne : la première prise protège l’ouvrage
Conservation en pâte Possible (chaux en pâte) Impossible : l’eau en excès déclenche la prise
Densité indicative (UDAP de Savoie) 0,5 0,8
Usages typiques Finitions intérieures, badigeons, fresques, décors Enduits extérieurs et intérieurs, maçonneries, jointoiements

Deux lignes méritent une explication. La « respiration » d’abord : Maisons Paysannes de France (Moselle) rappelle que plus une chaux est hydraulique, plus son mortier est résistant, mais moins il laisse passer la vapeur d’eau du mur. La conservation ensuite : une chaux aérienne peut être éteinte avec beaucoup d’eau et conservée en pâte, alors qu’une chaux hydraulique ne doit recevoir que l’eau strictement nécessaire à son extinction, sous peine de commencer à faire prise.

Quelle chaux pour quel usage ?

Usage Chaux conseillée D’après
Enduit de façade sur bâti ancien, zone exposée NHL 2 ou NHL 3,5 UDAP de Savoie et Haute-Savoie
Arase de mur (dessus de mur exposé) NHL 5 UDAP de Savoie et Haute-Savoie
Finition d’enduit en intérieur Chaux aérienne (CL) Maisons Paysannes de France (Rhône-Alpes)
Badigeon, fresque, décor Chaux aérienne (CL) UDAP de Savoie et Haute-Savoie ; UDAP du Cantal
Restauration d’un bâti ancien NHL ou CL, jamais HL ni ciment UDAP du Cantal
Construction neuve HL possible UDAP du Cantal

Une règle domine toutes les autres sur un mur ancien : l’enduit doit rester moins dur que son support. La fiche de l’UDAP de Savoie et Haute-Savoie juge qu’une résistance d’environ 3,5 MPa est satisfaisante pour un enduit à la chaux hydraulique. Choisir une NHL 5 « pour que ça tienne » est donc souvent une fausse bonne idée sur de la pierre tendre ou de la brique ancienne. Nous détaillons les risques d’un enduit trop dur dans notre article sur l’enduit ciment sur un mur ancien, et le cas des façades dans notre guide de l’enduit à la chaux en extérieur.

Doser et acheter : du sac au volume

Les recettes d’enduit s’expriment souvent en volumes (« 4 volumes de chaux pour 10 de sable »), alors que la chaux se vend au poids. La fiche de l’UDAP de Savoie et Haute-Savoie donne une densité d’environ 0,5 pour la chaux aérienne et de 0,8 pour la chaux hydraulique naturelle. D’après ces chiffres, un sac de 25 kg représente environ 50 litres de chaux aérienne, mais seulement 31 litres de chaux hydraulique naturelle. Les densités réelles varient selon les produits : la fiche technique du fabricant fait foi.

Les dosages eux-mêmes, couche par couche, figurent dans notre guide de l’enduit à la chaux.

Les précautions propres à chaque chaux

  • Chaux aérienne : protégez l’enduit frais de la pluie, du gel, du soleil et du vent, et réservez-la aux supports et aux expositions qui le permettent. Elle est aussi la base des laits de chaux et des badigeons.
  • Chaux hydraulique naturelle : l’UDAP de Corse-du-Sud indique qu’elle s’emploie avec une température de l’air comprise entre 10 et 30 °C ; comme pour toute chaux, on évite le gel, le plein soleil et le vent.
  • Dans les deux cas : la chaux est irritante. Les fiches de données de sécurité des chaux hydrauliques naturelles signalent un risque de lésions oculaires graves et d’irritation de la peau et des voies respiratoires. Lunettes, gants et masque contre les poussières sont de rigueur, quelle que soit la chaux : consultez la fiche de votre produit.

Questions fréquentes

NHL 3,5 ou NHL 5 pour une façade ?

Sur un bâti ancien, plutôt NHL 2 ou NHL 3,5, comme le recommande l’UDAP de Savoie et Haute-Savoie pour les zones exposées. La NHL 5, plus dure, est réservée par cette même fiche aux arases de murs.

Peut-on utiliser de la chaux aérienne en extérieur ?

Oui, mais seulement à l’abri : l’UDAP du Cantal la réserve aux milieux très protégés, faute de prise hydraulique. En façade exposée, on choisit une chaux hydraulique naturelle.

Chaux en pâte ou chaux en poudre ?

La chaux en pâte est toujours une chaux aérienne, éteinte avec un excès d’eau et conservée humide. Une chaux hydraulique ne peut pas se conserver en pâte : elle ferait prise. En sac, les deux familles se vendent en poudre.

Que signifie le « S » de CL 90-S ?

Il indique une chaux éteinte, c’est-à-dire hydratée, vendue en poudre.

La chaux hydraulique est-elle du ciment ?

Non. La chaux hydraulique naturelle est cuite à plus basse température que le ciment, sans ajout ; Maisons Paysannes de France (Moselle) rappelle que le clinker du ciment est cuit vers 1 450 °C. En revanche, une chaux HL ou FL peut contenir du ciment : lisez l’étiquette.

Sources

  1. AFNOR, NF EN 459-1, « Chaux de construction — Partie 1 : définitions, spécifications et critères de conformité », août 2015, boutique.afnor.org, consulté le 12/10/2026.
  2. Ministère de la Culture, UDAP de Savoie et Haute-Savoie, fiche conseil n° M1, « Maçonnerie : enduits et formulation », 2020, culture.gouv.fr, consulté le 12/10/2026.
  3. Ministère de la Culture, UDAP du Cantal, fiche technique n° 1, « Les enduits à la chaux », avril 2016, cantal.gouv.fr, consulté le 12/10/2026.
  4. Ministère de la Culture, DRAC Corse, UDAP de Corse-du-Sud, fiche conseil patrimoine n° 2, « Les façades enduites », culture.gouv.fr, consulté le 12/10/2026.
  5. Maisons Paysannes de France, délégation de la Moselle, « La chimie des chaux hydrauliques naturelles », janvier 2013, maisons-paysannes.org, consulté le 12/10/2026.
  6. Maisons Paysannes de France, délégation Rhône-Alpes, « Enduire à la chaux en intérieur (chaux aérienne) », maisons-paysannes.org, consulté le 12/10/2026.
  7. Faxe Kalk (groupe Lhoist), déclaration des performances, chaux hydratée EN 459-1 CL 90-S, janvier 2018, lhoist.com, consulté le 12/10/2026.
  8. Lafarge, fiche de données de sécurité « Chaux hydraulique naturelle », janvier 2023, lafarge.fr, consulté le 12/10/2026.
Informations vérifiées le 12 octobre 2026.